Couverture : Je pensais que le contrat de mariage serait mon idée, pour me protéger. Son père m'a fait asseoir à table et m'a expliqué que c'était l'inverse : c'était pour protéger les rizières de sa fille.

Je pensais que le contrat de mariage serait mon idée, pour me protéger. Son père m'a fait asseoir à table et m'a expliqué que c'était l'inverse : c'était pour protéger les rizières de sa fille.

En bref

Simon, un Australien de 45 ans, suppose que s'il y a un contrat de mariage, ce sera son idée, pour se protéger lui-même. Son futur beau-père lui explique qu'il veut en réalité ce contrat pour protéger des terres familiales restées au nom de sa fille depuis des générations.

Je suis australien, j'ai 45 ans, et je partage mon temps entre Bangkok et Ayutthaya depuis dix ans, où je travaille dans l'exportation agricole. J'ai rencontré Pear, 38 ans, il y a quatre ans, par l'intermédiaire d'un fournisseur de riz avec lequel sa famille travaillait depuis trois générations.

Quand on a commencé à parler mariage, j'avais déjà en tête la conversation sur le contrat de mariage, celle que j'avais vu plusieurs amis étrangers en Thaïlande livrer avec précaution : expliquer que je voulais protéger mon épargne, sans avoir l'air méfiant. Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est que la vraie conversation serait lancée par mon futur beau-père, et sous un angle complètement opposé.


Il m'a fait asseoir à la table familiale un dimanche, Pear traduisant même si son anglais était meilleur qu'elle ne le laissait paraître, et m'a expliqué, avec le même calme qu'il employait pour parler des récoltes, qu'il voulait un contrat de mariage avant le mariage. Pas pour me protéger d'elle, mais pour protéger les rizières restées dans la famille depuis trois générations, enregistrées au nom des filles, pas des maris.

Il m'a raconté, sans aucun dramatisme, l'histoire d'une cousine de Pear dont le mariage avec un autre étranger s'était mal terminé des années plus tôt, avec un long litige juridique pour savoir si une partie des terres familiales devait compter comme bien commun du mariage. La famille avait fini par gagner, mais ça leur avait coûté un avocat, deux ans de tension, et une relation avec cette cousine qui ne s'était jamais complètement rétablie.


Je lui ai dit, aussi sincèrement que j'ai pu à ce moment-là, que j'étais tout à fait d'accord, et qu'en fait j'avais moi-même prévu de proposer quelque chose de similaire. Il a ri, la première fois que je le voyais vraiment rire devant moi, et a dit qu'il s'en doutait, mais qu'il préférait le poser lui-même plutôt que je doive chercher les bons mots pour l'aborder.

Tous les trois — Pear, son père et moi — sommes allés voir un avocat à Ayutthaya deux mois plus tard. Le contrat final protège les terres familiales comme propriété exclusive de Pear, protège ma propre épargne d'Australie, et précise clairement que tout ce qu'on gagnera ensemble à partir du mariage sera partagé différemment, comme nous en déciderons tous les deux au fil du mariage.


Ça fait deux ans qu'on est mariés. Ce dimanche à la table familiale reste, pour moi, l'un des moments qui expliquent le mieux le fonctionnement de cette famille : pas se protéger par des silences gênants, mais aborder les choses avec la même franchise qu'ils emploient pour discuter du prix du riz cette saison-là. J'ai appris plus sur ce que signifiait vraiment intégrer cette famille lors de cette seule conversation du dimanche que pendant les trois années précédentes réunies.

Continuer la lecture

Histoires similaires